Crocodiles : un spectacle plein de rencontres

Face aux tragédies contemporaines, comment expliquer et regarder le monde par le biais du spectacle vivant ? Comment aborder les questions de l’exil, le parcours des migrants, la place de l’individu dans notre monde et la rencontre humaine ? Le Granit accueille cette saison deux spectacles qui approchent de manière sensible ces questions.

Tout d’abord, avec le spectacle à destination du jeune public Crocodiles que nous avons accueilli du 21 au 23 novembre. Celui-ci nous raconte l’épopée d’un jeune migrant sur les routes de l’exil.
Pour aller plus loin sur les questions abordées lors du spectacle, nous avons proposé diverses activités de sensibilisation. Parce que de tels témoignages, récits et problématiques ne pouvaient rester sans dialogue. La trame même du spectacle porte sur le dialogue par l’évocation des mots et des images. Il nous a donc semblé évident et nécessaire de mettre en place des temps de rencontres et d’échanges en complément de la venue au spectacle.

CROCODILES auThéatre Dunois © MatJacob

Suite aux représentations, les spectateurs ont été systématiquement invités à échanger lors d’un bord de scène avec le comédien Rémi Fortin et la metteuse en scène Cendre Chassane. Compte tenu du nombre et de la variété des questions, on constate que le spectacle interpelle. Les plus jeunes ont beaucoup questionné les images projetées, le lien entre l’enfant et sa famille, sa relation avec sa mère et son frère qu’il laisse derrière lui.
Les plus âgés ont questionné le récit, le voyage périlleux d’Enaiat et également le travail et la démarche des artistes, « pourquoi ont-ils choisi de faire ce spectacle ? », « pourquoi ont-ils choisi cette thématique ? »

CROCODILES-®MatJacob_10.jpg© MatJacob

Ce récit a d’autant plus touché les spectateurs qu’il est tiré de l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari (adaptation du livre Dans la mer il y a des crocodiles de Fabio Geda). Ils se sont alors inquiétés de son état actuel : « Où est-ce qu’Enaiat vit aujourd’hui ? », « Est-ce qu’il a retrouvé sa famille ? »…

Ces moments de rencontres avec le comédien et la metteuse en scène apparaissent comme des révélateurs du besoin de dialogue. Ici la création artistique est inextricablement reliée à l’idée de transmission et à l’importance de proposer ces moments d’échanges notamment avec la jeunesse.

Nous avons également pu proposer à certaines classes des ateliers de pratique artistique en amont du spectacle aux côtés de Rémi Fortin, comédien du spectacle.
Ces temps de rencontres ont eu lieu, en direction des plus jeunes en octobre et novembre dernier : 55 enfants de CM1 et de CM2 de l’école élémentaire Louis Pergaud à Belfort, 60 élèves de 5ème du collège Simone Signoret à Belfort ainsi que 6 enfants venant d’un Point Accueil Solidarité de la ville et accompagnés de leurs éducateurs.

DSC_0022Les enfants et les adolescents ont ainsi été invités à se familiariser avec le théâtre et l’univers du spectacle tant du point de vue du jeu théâtral que de celui de spectateur.
Les ateliers ont débuté par une présentation rapide de la pièce, l’idée étant de parler de la pièce à travers le jeu théâtral. Ils sont alors entrés très vite dans le vif du sujet par le jeu.
Tout d’abord avec des exercices d’échauffement traditionnel de théâtre permettant d’amener la concentration, l’écoute avec les partenaires. Ils révèlent également l’importance de l’attention portée à la posture du corps, le positionnement de la voix, de l’intention que l’on donne lorsque l’on est en jeu que ce soit pour ses partenaires ou pour le public.

Des exercices ont été ensuite abordés pour sensibiliser les jeunes aux thématiques du spectacle au travers d’un poème de Jean-Pierre Siméon et avec des extraits du spectacle. Ils se sont aussi essayés à raconter et inventer une histoire à plusieurs en partant de la question « d’où venez-vous ? » et ainsi ils ont pu imaginer un périple à plusieurs. Ils ont ainsi expérimenté la nécessité d’une écoute attentive entre camarades pour pouvoir  rebondir aisément sur les propos de chacun et construire ensemble une histoire.

Rémi Fortin les a également familiarisé avec le vocabulaire du spectacle : « pays », « frontière », « migrant », « patrie », « origine », « culture », « réfugié ».
La consigne était : « si on connait le mot on essaye de l’expliquer au groupe ou de dire ce que ça nous évoque ou de raconter un souvenir autour de ce mot. Lorsque l’on ne connait pas le mot on peut inventer une définition ». De surprenantes et poétiques inventions ont vu le jour comme par exemple : « le migrant est une sorte de papillon qui lorsqu’il s’envole jette de l’or depuis ces ailes ».

Anecdotes et paroles d’enfants :

 « Nous avons aimé le jeu de l’assassin,  dire des choses en cercle,  le jeu des chaises, le jeuDSC_0019 des histoires inventées, le jeu de l’énergie et du samouraï et quand Rémi jouait » élèves de CM1-CM2

  « Un des élèves de primaire originaire d’Irak et ayant fui récemment son pays a participé avec sa classe au projet.  Beaucoup d’enfant de sa classe voyait dans l’histoire d’Enaiat l’histoire de leur camarade ».

Ce projet continue parfois dans les classe à travers : « la lecture du livre de Fabio Geda et l’élaboration de documents pour les élèves : textes à jouer, production d’écrit à partir de l’histoire, cartographie du trajet d’Enaiat … »

Ces rencontres et ces ateliers se sont construits sur les mêmes bases que ceux proposés dans le spectacle : l’échange et le dialogue. Des moments faisant appel à l’imagination mais qui laissent également place à une parole directe, ancrée dans le réel. Ces temps sont primordiaux pour aborder les questions contemporaines de notre monde, telles que celles des réfugiés. Les jeunes ont la possibilité de s’y exprimer, d’oser prendre la parole, de prendre plaisir à essayer des choses et de s’ouvrir à de nouvelles expériences, individuellement et collectivement.

Ces ateliers et rencontres ont pu voir le jour grâce au soutien de la Ville de Belfort, de la Préfecture du Territoire de Belfort et de la DRAC Bourgogne – Franche-Comté. Ils se poursuivront au printemps autour du spectacle Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu du Nimis Groupe, en direction de publics lycéens et adultes.

Sur le même principe, et autour du spectacle Hikikomori – Le Refuge accueilli dans nos murs en mars prochain, des ateliers théâtre prendront forme à nouveau.

Pour plus de découvertes retrouvez la fiche du spectacle sur le site du Granit.

Image à la une : © Olivier Culmann Agence Tendance Floue

Aurélie

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